Invention de frontières et enjeux identitaires dans le récit d’une révolte anticoloniale

Invention de frontières et enjeux identitaires dans le récit d’une révolte anticoloniale

Jeudi 7 avril 2022, venez écouter l’intervention de Cécile Leguy : Invention de frontières et enjeux identitaires dans le récit d’une révolte anticoloniale.

Retrouvez une nouvelle conférence du séminaire Frontières, Circulations, Interculturalités et Interactions Hommes-Milieux. Les laboratoires MINEA et LEEISA vous convient jeudi 7 avril 2022 de 18h à 20h en salle FSC108 pour écouter l’intervention de Cécile Leguy sur la thématique « Invention de frontières et enjeux identitaires dans le récit d’une révolte anticoloniale ».

Lors d’un festival organisé à San (au Mali) en décembre 2001 par une association culturelle, un récital a mis en scène un épisode historique souvent présenté comme « la révolte des Bwa », mouvement de résistance anticoloniale qui eut lieu pendant la Première Guerre mondiale. En commémorant la résistance des anciens, les membres de l’association entendaient œuvrer pour que les Bwa, un peuple qui parle une langue gur plus proche de la population du Burkina Faso, ne soient pas oubliés au sein de la République du Mali. L’étude du récital conduit à s’interroger sur la part de reconstruction identitaire exprimée dans cette commémoration. S’agit-il simplement de faire connaître les événements historiques qui ont marqué une région afin d’en préparer le centenaire ? N’assistons-nous pas plutôt à une réécriture de l’histoire au service d’une construction identitaire de type ethnique ? Plus précisément, la vision de l’histoire de la révolte telle qu’elle est proposée dans ce récital n’a-t-elle pas pour effet d’inventer des frontières, alors même qu’elle se présente comme un appel à s’intégrer dans un ensemble plus vaste ?

Après s’être familiarisé avec le contexte de cette guerre anticoloniale et la manière dont elle est revendiquée ici, on rappellera que l’ethnicisation manifestée dans ce récital a des fondements politiques et scientifiques anciens. Si le texte performé conforte l’édification d’une frontière géographique entre Mali et Burkina Faso actuels qui n’existait pas à l’époque des événements, il contribue également à construire des frontières ethniques distinctives en ignorant tout un pan de l’histoire vécue. L’injonction paradoxale adressée aux Bwa maliens de faire partie de la nation tout en se concentrant sur leur identité propre sera discutée, dans un contexte où les revendications identitaires sont renforcées aujourd’hui par l’importance accordée aux réseaux sociaux sur Internet.

Quelques mots sur la conférencière
Cécile Leguy, docteur en ethnologie et anthropologie sociale de l’EHESS (1996), est actuellement professeur d’anthropologie linguistique à la Sorbonne Nouvelle et membre du LACITO (UMR 7107 du CNRS). Ses recherches sont consacrées aux modalités de la communication et aux arts de la parole en Afrique de l’Ouest. Elle a notamment publié Le proverbe chez les Bwa du Mali (Karthala, 2001), Façonner la parole en Afrique de l’Ouest (Balestier, 2019) et, avec Sandra Bornand, Anthropologie des pratiques langagières (Armand Colin (coll. U), 2013).