Epidémiologie du paludisme chez les personnes travaillant sur des sites d’orpaillage illégal en Guyane : quels enjeux pour la santé publique ?

Doctorant : Maylis DOUINE
Date : 09 juin 2017
Directeurs de Thèse : Mathieu NACHER,  Professeur des Universités-Praticien Hospitalier à l’Université de Guyane

Résumé :

Introduction :
Bien que les données officielles fassent état d’une diminution globale du nombre de cas de paludisme en Guyane, les orpailleurs travaillant sur les sites illégaux au cœur de la forêt amazonienne semblent très touchés par cette pathologie. L’objectif principal de cette étude était de déterminer la prévalence du paludisme dans cette population. Les objectifs secondaires évaluaient la proportion des différentes espèces plasmodiales et leur distribution géographique, le niveau de résistance des parasites aux dérivés de l’artémisinine, les connaissances attitudes et pratiques vis à vis de cette pathologie, et l’état de santé global de cette population.

Matériel et méthodes :
Les inclusions ont eu lieu sur les sites de repli des orpailleurs le long du fleuve Maroni. Après recueil du consentement éclairé, un test de diagnostic rapide du paludisme était effectué, ainsi qu’un questionnaire, un examen clinique, et un prélèvement de sang pour microscopie, PCR et tests de résistance (RSA et génotypage du gène pfK13pour les PCR positives à Plasmodium falciparum).

Résultats :
De janvier à juin 2015, 421 orpailleurs ont été inclus, majoritairement des hommes (70,6%) brésiliens (93,8%), de médiane d’âge de 37 ans. La prévalence du portage de plasmodies déterminée par PCR était de 22,3% (IC95%: 18,3-26,3) à 84% asymptomatiques. Les espèces identifiées étaient principalement P. falciparum (47,9%) puis P. vivax (37,2%) avec 10,6% de coinfections. Lors du dernier accès palustre, 52,4% des orpailleurs avaient eu recours à l’automédication, majoritairement avec des dérivés de l’artémisinine (93,8%) avec une mauvaise observance (37,8%). Le fait d’être en Guyane était fortement associé à l’automédication (AOR=22,1). Le test RSA montrait un taux de survie supérieur à 1%pour un échantillon mais l’analyse du gène pfK13 ne mettait pas en évidence de mutations associées à la résistance à P. falciparum

Discussion :
La prévalence élevée de porteurs asymptomatiques de paludisme constitue un réservoir important pour la transmission du paludisme dans la région. L’utilisation massive de dérivés de l’artémisinine associée à une mauvaise observance sont des facteurs de risque d’émergence de résistance, ce qui entraînerait des conséquences sanitaires et économiques importantes. Avec une volonté politique, des actions sont possibles pour limiter ce risque, comme la distribution de kits d’autodiagnostic et d’auto-traitement avec une formation au niveau des sites de repli.

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