Thierry – à la découverte du Rallye des Savanes

Thierry – à la découverte du Rallye des Savanes

Rencontre avec Thierry passionné de rallyes hors du commun. Il nous raconte comment il a découvert l’univers des rallyes du Plateau des Guyanes. Une passion qui ne demande pas que des compétences en pilotage !

Parle-nous de toi.
Je suis affecté à l’ÉSPÉ où j’occupe le poste de responsable informatique. Pour l’essentiel, la mission de notre service est de mettre à disposition les dispositifs numériques nécessaires au bon fonctionnement de la pédagogie et de l’administration au sein de la composante, d’en proposer des nouveaux et d’assurer le bon fonctionnement de ceux qui sont en place. Le travail est partagé avec mon collègue Marc Miatti. Pour ma part, j’administre les serveurs de l’ÉSPÉ qui sont sous Linux, comme la messagerie, le serveur web, le stockage dans le cloud, ainsi que le réseau, sur le campus de Cayenne et à Saint-Laurent, où nous avons une antenne. Je développe également différentes applications pour couvrir des besoins en ce qui concerne les tableaux de bord, de production automatique de documents (listes d’émargements par exemple) ou de gestion plus technique. De façon plus transversale, je gère les aspects techniques de la plate-forme pédagogique de l’université qui est une évolution de celle qui existait à l’ÉSPÉ avant la création de l’UG.

 

Pourquoi as-tu choisi le sport de rallye ? Depuis quand t’es venu cette passion ? 
En arrivant en Guyane, j’ai vite noté que ma fidèle 205 ne pouvait m’amener partout : nombre de pistes me restaient inaccessibles. J’ai donc vite opté pour un 4×4 de marque Land Rover, réputé pour sa robustesse et ses capacités de franchissement. Avec notre association Cayenne Land nous sillonnons les pistes de Guyane mais également du Brésil ou du Suriname ; nous savions qu’une forme de rallye s’y déroulait régulièrement, mais il était difficile d’obtenir des informations. En 2012, nous avons fait la connaissance de 2 équipages de Guyane qui participaient au « Rallye des Savanes » et c’est ainsi que tout a commencé : avec un de mes amis de l’association Cayenne Land, Jean-Noël CANOVA, nous nous sommes inscrits, lui comme pilote et moi comme navigateur.

Comment se sont déroulés tes premiers rallyes ? As-tu de bons souvenirs ?
Les débuts ont été difficiles : nos collègues qui avaient déjà un peu d’expérience nous ont expliqué le fonctionnement des épreuves, mais lors de notre premier départ (ça se passe de nuit, vers 21h) on a nous a remis les instructions… en néerlandais ! Il s’en est fallu de peu que l’on prenne directement la direction de Cayenne… Heureusement, il s’agissait d’une erreur qui a été corrigée plus tard dans la nuit (le début du rallye est toujours de nuit et les instructions traduites en anglais pour les internationaux). Au début, nous avons essayé de nous focaliser sur l’orientation elle-même (chaque manche comporte plusieurs épreuves basées sur des instructions normalisées) et nous avons tant bien que mal réussi à atteindre les points d’arrivée, mais pas du tout dans le timing ! C’est toute la difficulté du Rallye des Savanes, c’est non seulement une course d’orientation (il faut réussir à suivre le parcours prévu par les organisateurs) mais il faut également faire preuve de régularité, car il faut respecter au plus juste un horaire imposé. Il ne s’agit pas d’un rallye de vitesse, aller trop vite fait perdre des points mais trop lentement aussi… Par contre on passe le plus clair de notre temps sur des pistes voir complètement hors-piste quand on évolue dans les fameuses savanes qui donnent leur nom au rallye.

À combien de rallyes as-tu participé ? Quel est celui que tu as préféré ou celui qui t’a marqué le plus ?
Nous avons déjà participé à 7 éditions du rallye des Savanes plus un Eco Challenge qui est une version « light » qui se déroule à un autre moment de l’année. Nous courrons dans la catégorie « internationale » qui regroupe tous les équipages non surinamais, essentiellement de Guyane (nous sommes maintenant généralement 6-7 véhicules guyanais à prendre le départ), de Trinidad, des Pays-Bas, parfois du Brésil ou d’autres pays. Pendant les 3 premières éditions, nous avons acquis de l’expérience quant au fonctionnement des épreuves et du rallye lui-même ce qui nous a permis de l’emporter dans notre catégorie (internationale) en 2015, 2016 et 2017. Bien entendu, il y a plein de bons souvenirs car nous retrouvons souvent les mêmes compétiteurs (de Guyane ou d’ailleurs) d’une année sur l’autre. L’organisation du rallye est exceptionnelle et nous traversons des secteurs magnifiques, alors oui il y a de bons souvenirs. J’apprécie particulièrement le lever du jour après que nous ayons roulé toute la nuit après le départ : généralement, on n’a pas la moindre idée d’où l’on se trouve (on se déplace de point en point) et le paysage se dévoile à nous peu à peu. Me reviennent également à l’esprit les soirées organisées dans les campements en forêt, ainsi que le réveil parfois brutal. En 2012, un dimanche matin à 5h les organisateurs ont fait péter les pétards (un classique chez nos amis surinamais) et fait traverser au camp une fanfare au grand complet qui jouait à tue-tête. Inutile de dire qu’il n’y a pas eu de panne de réveil ce jour-là ! Les savanes de sable blanc sont un environnement assez différent de ce que l’on peut rencontrer sur l’essentiel du territoire guyanais (il y en a un peu vers Sinnamary ou Mana) : la végétation est clairsemée, on peut voir assez loin, c’est du sable, mais les épreuves qui s’y déroulent généralement (orientation sur images aériennes) sont notre point faible, du coup le souvenir est mitigé…

Y a-t-il un rallye que tu rêverais de faire ?
Bien sûr ! Il y a d’autres épreuves qui me tenteraient bien, mais le Rallye des Savanes est une combinaison unique d’orientation et de régularité dont je ne connais pas d’équivalent dans le monde. Pas très loin de nous, au Guyana se déroule tous les ans le Pakaraima Mountain Safari qui semble plus tenir du raid que de la compétition mais permettrait de mieux connaître ce pays proche. Plus loin, en Pologne et en Allemagne, se déroule le Breslau, un rallye de franchissement plus technique, mais là on ne joue plus dans la même catégorie…

Peux-tu nous raconter le dérouler type d’un rallye ?
Le Rallye des Savanes n’est qu’une des épreuves du championnat organisé dans ce domaine au Suriname. Il se déroule toujours aux alentours de la Toussaint. Le départ est donné de Paramaribo vers 20h pour le 1er véhicule, ensuite un véhicule toutes les minutes. On compte généralement entre 60 et 90 véhicules participants, toutes catégories confondues. Chaque véhicule a au moins un pilote et un navigateur. Mais en catégorie « touriste », il est possible d’avoir des passagers. Le départ est donc donné le vendredi soir, les épreuves se déroulent toute la nuit ainsi que la journée du samedi jusqu’en fin d’après-midi. A ce moment-là, nous nous reposons dans un endroit qui ne nous est habituellement pas connu à l’avance, la plupart du temps en hamac. Dimanche matin, nous ne nous réveillons pas trop tard, car le premier prend le départ à 7h … pour aller trouver le petit déjeuner ! Oui, il y a généralement une épreuve pour trouver le casse-croûte du matin, il s’agit de ne pas la rater… Ensuite, les épreuves s’enchaînent jusqu’au soir. Auparavant, le rallye se terminait le lundi soir (il y avait donc une journée supplémentaire) mais pour des raisons de crise économique au Suriname, il a été amputé d’une journée. La remise de prix se fait généralement le mardi ou le mercredi mais à ce moment-là nous sommes déjà rentrés à Cayenne, on ne peut donc jamais y assister !

Quel type de préparation une telle aventure nécessite-t-elle ?
Maintenant c’est rôdé, et on a tendance à partir sans trop de préparation… Là où il y a le plus de travail, c’est pour la préparation du véhicule : il faut bien entendu qu’il soit le plus fiable possible, que les pneumatiques soient en bon état, de préférence que le treuil fonctionne (on n’est jamais à l’abri d’un mauvais pas ou pour sortir un autre concurrent). Pour ce qui est de l’équipement spécifique, il est souhaitable que le véhicule soit équipé d’un odomètre (c’est un compteur de distance précis à 10m pour le modèle dont on dispose), un GPS et une tablette capable de se connecter au réseau mobile pour pouvoir utiliser différentes applications, en particulier les photos satellites de Google Maps qui sont bien utiles dans certaines circonstances (dans les fameuses savanes par exemple).

Quelle(s) qualité(s) faut-il selon toi pour pratiquer ce loisir ?
Tout d’abord, il s’agit d’un sport d’équipe, il vaut donc mieux bien connaître son coéquipier, ça facilite les choses. Pour être pilote, il faut avoir, bien entendu des compétences en conduite hors-piste, voir de franchissement ou pratique du 4×4 en général. Les compétences en mécanique sont bienvenues car, comme dans tous les sports du même genre, il est préférable de bien connaître son véhicule, pouvoir diagnostiquer et réparer les éventuels problèmes : il arrive parfois qu’on se perde et on peut se retrouver en difficulté au milieu de nulle part. Pour la partie navigation, il y a plusieurs catégories d’épreuves qui nécessitent chacune des compétences différentes :

  • Les épreuves où il faut suivre une suite d’instructions : de la rigueur, de la vigilance ;
  • Les épreuves où il faut déterminer un parcours optimal sur une carte donnée : bien évaluer les distances, savoir s’orienter dans l’espace ;
  • Les épreuves d’orientation avec photos aériennes : bonne capacité d’observation, être capable de faire correspondre des morceaux d’images qui ne sont pas prises sous le même angle et qui ne sont pas à la même échelle ;
  • Dans toutes les épreuves : se demander quel piège les organisateurs ont voulu nous poser !

Liens : Cayenne LandSARK (Surinaamse Auto Rally Klub)