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L’Unité de Recherche MINEA, la CTG et la CACL, sont heureux de vous informer de la tenue d’un nouveau cycle conférences, qui nous offrira l’occasion de nous retrouver au rythme d’une conférence par mois, les jeudis, à 18 H 30.

Quels rites pour une éducation à la « nature » ?

J usqu’en décembre 2025, des chercheurs de MINEA et d’autres laboratoires de France et d’ailleurs, explorerons la thématique des rites de passage à l’âge adulte, ou rites de puberté sociale (Van Gennep ; Goguel d’Allondans ; Lachance). Ils s’intéresseront à la manière dont la nature est employée dans ces rites à travers lesquels de nombreux peuples aident les jeunes à franchir le cap de l’enfance. À l’heure, où nous perdons le contact avec la nature et où les enjeux environnementaux se font de plus en plus pressants, nous verrons que les connaissances naturelles transmises lors de ces rites contribuent à « insérer » les Hommes dans la vie. Nous chercherons aussi à comprendre comment ces rites favorisent (favorisaient ?) l’émancipation des jeunes gens et contribuaient à leur intégration sociale. Deux choses qui peuvent sembler contradictoire aujourd’hui…

Ces conférences, seront donc l’occasion d’analyser le mode de « lien » que nous entretenons, à la fois avec la nature mais aussi avec les jeunes, à qui nous échouons parfois à offrir des perspectives d’émancipation. Certains comportements antisociaux, au sens de Winnicott, ne visent-ils pas à trouver les issues que les adultes manquent à offrir à la jeunesse ?

Pour questionner ce qui freine actuellement l’émancipation d’une frange de la jeunesse contemporaine, nous réfléchirons ensemble à ce qui peut, ou pouvait, la faciliter. Ces débats s’adressent donc à l’ensemble des personnes intéressées par la jeunesse et aux professionnels qui œuvrent à la prise en charge et à l’accompagnement des enfants et des adolescents.

Avec nos partenaires de la CTG et de la CACL, qui ont rendu possible ce projet, nous serons donc particulièrement heureux de vous accueillir à l’Université de Guyane lors de ces conférences, gratuites et ouvertes à tous, même aux plus petits !

Amnésie socioculturelle de la nature : Quels rites pour une éducation à la « nature » ? conférence présentée par Mara SIERRA-JIMENEZ

Depuis plusieurs années, les rapports internationaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémique), dénoncent les dangers liés à l’extinction de la biodiversité auxquels s’ajoutent deux phénomènes sociaux qui interrogent la transformation du lien entre l’Homme et la nature : d’une part, l’amnésie environnementale puisque chaque génération prend le niveau dégradé de l’environnement qu’elle côtoie comme une expérience normale ; d’autre part, l’extinction des expériences de rencontre avec la nature, vécues d’une multitude de façons différentes – par le biais de connaissances, d’émotions, de sensations corporelles, etc.

À nos yeux, bien qu’importantes, l’amnésie environnementale et l’extinction des expériences de nature invisibilisent une autre problématique majeure, celle de l’amnésie socioculturelle de la nature, comprise ici comme le phénomène de disparition progressive des modes de relation avec la nature par la perte des connaissances et des rapports socio-culturelles dans l’éducation au vivant (Sierra-Jimenez, 2024). Au cours de notre conférence, nous discuterons de la place qu’occupe ou que peut occuper le rite de passage dans l’éducation à la nature, ou plutôt dans une éducation bio-culturelle à la nature, afin de combattre cette « perte » des repères symboliques qui lient l’humain aux autres éléments naturels.

Le rite de passage peut être envisagé comme un processus éducatif permettant non seulement la transmission de savoirs et de connaissances socioculturelles (mythes, langes locales, pratiques, artisanat, danse, etc.), mais aussi, l’apprentissage d’un mode de relation affectif et émotionnel auprès de composantes naturelles. La nature occupe une place centrale dans la matérialisation du rite de passage. Elle peut-être le centre, le décor, le guide, le chemin, le confident, le protecteur ou le déclencheur d’un changement de statut ou d’appartenance à un groupe social. Dans ce sens, le rituel de passage, en tant qu’expérience de nature émotionnelle et transformatrice, nous semble tout à fait pertinente à questionner en tant que pratique éducative permettant l’accompagnement de la construction identitaire et culturelle des jeunes et des adultes.

À propos de Mara SIERRA-JIMENEZ

Mara Sierra-Jimenez est docteure en géographie culturelle. Ses recherches portent une attention particulière aux modes de relation des humains avec la nature, et plus particulièrement aux rapports sensibles et expérientiels dans les pratiques d’éducation au vivant. Elle développe une méthodologie centrée sur les approches de la cartographique sensible et expérientielle, ainsi que l’analyse des récits des expériences vécues dans et avec la nature. Elle a notamment participé au projet européen REGREEN sur l’éducation à la nature en France, Croatie et Danemark, et travaille aujourd’hui en tant que chercheuse postdoctorale à l’INRAE/ Université de Bordeaux dans le cadre du projet « Tackling Global Change ». Elle a récemment contribué à l’ouvrage l’école face au défi écologique (ESF Sciences humaines, cahiers pédagogiques, à paraître) avec : « Mais on ne peut pas avoir un relation avec une arbre ! » et « Art et sciences participatives à l’école ».

  • SIERRA-JIMENEZ, M.,(2020). « Dessiner sa Guyane : les cartes mentales de jeunes du littoral ». in : Atlas critique de la Guyane ; Chapitre 11 : Imaginer la Guyane par les cartes. Matthieu Noucher, Laurent Polidori (dir.), CNRS Éditions, Paris 2020, ISBN 978-2-271-13213-0
  • SIERRA-JIMENEZ, M., « Amnésie socio-culturelle de la nature et Rites de passage contemporains »., in : Chapellon S., & Lachance, J. Devenir adulte au contact de la nature. Rites d’initiation d’hier et d’aujourd’hui en Guyane et ailleurs, Presses Université Laval (à paraître).
  • DESHAYES T., et al. « Analyse narrative de « récits de nature » de jeunes Parisiennes et Fréjusiennes : approche sociolinguistique des expériences de nature ». Revue Langage et Société, à paraître

Mise à jour le : 19/05/24 à 08:58